Elle ouvre les yeux

Elle ouvre les yeux

 Elle ouvre les yeux est une courte nouvelle dont l’idée m’empêchait de me concentrer sur autre chose.

En espérant qu’elle vous plaira ! 

 

            La lumière lui torture la rétine à l’instant où elle entrouvre les paupières. Elle plisse les yeux et tente d’obliger sa vision à s’adapter. Pour seul résultat, un début de migraine lui lancine le front et elle se masse douloureusement les tempes.

Ouvrant entièrement ses yeux, elle observe autour d’elle. Le ciel bleu, lumineux et sans nuage, accentue la douleur à l’intérieur de son crâne. Elle frotte ses mains sur le sol et les referme sur de la poussière sableuse. Se redressant, elle contemple un paysage sec et désert. Quelques rochers bas jonchent le sol et au loin des dunes de sable blanc offrent des nuages de poussière à la moindre brise, brouillant l’horizon.

Baissant les yeux vers ses mains, elle comprend soudain que quelque chose cloche. Si ne pas savoir où elle se trouve l’inquiète, la question qui la terrorise le plus est tout autre.

Qui est-elle ?

Son nom, lui échappe. Son âge aussi. Tremblante, elle se lève et fait quelques pas. Une question humaine mais incongrue s’échappe de ses lèvres sèches.

« Il y a quelqu’un ? »

Sa propre voix lui est également inconnue, et un sanglot lui échappe. Une larme roule sur sa joue. Le vent chaud et sec souffle dans sa direction et elle se met à tousser. Lorsque la toux se calme, elle commence à avancer, choisissant au hasard sa direction. Ses pas sont lourds, difficiles. Chaque geste lui demande un effort surhumain comme s’ils n’étaient pas naturels. Soudain, elle tombe.

 Elle ouvre les yeux.


Cette fois-ci la lumière a cédé sa place à l’obscurité.

Sa vision s’habitue petit à petit à la noirceur des lieux et elle parvient à distinguer des murs. Elle se lève et y passe la main. Le toucher est rugueux et poussiéreux. Elle pense qu’il s’agit de roche. La main toujours collée contre la paroi, elle avance. Devant elle, un mince filet de lumière s’intensifie à chaque pas. Elle respire difficilement, prise d’angoisse. Ses pas sont plus légers que précédemment et elle commence à courir vers la lueur pour sortir au plus vite.

Une fente dans la pierre la conduit vers l’extérieur et une nouvelle fois la lumière l’éblouit.

Elle ouvre les yeux.


Au-dessus d’elle, des branches. Elle se redresse et des gouttelettes d’eau chaude ruissellent sur son front. La moiteur des lieux lui donne la nausée et elle pose une main sur sa bouche pour ne pas vomir. Les angoisses reprennent à mesure que son esprit rejette les explications possibles à ce qui lui arrive. Elle est dans une forêt, une forêt tropicale. Sur le sol grouillent des insectes en tous genres. Sur les branches oiseaux, serpents et autres animaux exhibent leurs couleurs chatoyantes. Elle lève les yeux et observe. Un rugissement retentit derrière elle et elle se retourne vivement. Un jaguar massif la fixe.

Elle hurle.

Et ouvre les yeux.


Se levant d’un bond, elle fait face au regard surpris d’une famille réunie dans ce qu’elle pense être une hutte. Sans chercher d’explication, elle se lève et s’enfuit en courant. Elle n’en peut plus. Elle veut que cela s’arrête. Elle pleure, crie, supplie.

Et ouvre les yeux.


Devant elle, la mer. Calme et sereine mais loin de l’apaiser. Un nouveau lieu qu’elle ne connaît pas et ce prénom dont elle ne parvient pas à se souvenir.

Elle ouvre les yeux.


Le bord de la falaise qui vient d’apparaître sous ses yeux, lui donne une idée. Elle s’élance. Et saute.

Elle garde les yeux fermés.

Sa respiration se calme.

« Je m’appelle, Marina » murmure-t-elle tout bas.

Des voix lui parviennent. Timidement elle ouvre les yeux.

Allongée, elle voit au-dessus d’elle une vitre. Levant la main elle tente de la pousser mais elle ne bouge pas. Ses angoisses reprennent instantanément. Elle tourne la tête de tous les côtés et aperçoit des mouvements derrière une vitre teintée.

« Aidez-moi ! » crie-t-elle les joues baignées de larmes.

Aucune réponse mais les silhouettes bougent et s’éloignent.

« Non ! Pitié revenez ! » hurle-t-elle en frappant la vitre de toutes ses forces.

Une fumée se diffuse autour d’elle et elle se couvre la bouche mais soudain elle se sent sombrer dans le sommeil. Une dernière larme roule sur son visage humide et elle ferme les yeux.

De l’autre côté de la vitre, une étrange famille s’éloigne. Au-dessus d’eux, une banderole colorée invite les visiteurs à tester une toute nouvelle exposition interactive :

Un humain à travers le temps et l’espace.

 

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